La crise énergétique met les équilibres financiers sous pression
L’économiste et universitaire Habib Zitouna a déclaré, dans l’émission Midi Eco de ce jeudi, que les équilibres financiers de la Tunisie sont mis à rude épreuve en raison de la hausse des prix des hydrocarbures, sur fond de conflit au Moyen-Orient.
Il a ajouté que le prix du baril de pétrole a atteint une moyenne de 100 dollars depuis le déclenchement du conflit, ce qui aura des répercussions sur le volume des subventions.
L’invité de Midi Eco a souligné que la Tunisie a consacré sept milliards de dinars à la subvention des hydrocarbures en 2025 et que le pays a enregistré un déficit énergétique de 11 milliards de dinars au cours de la même année.
"La hausse du prix du pétrole aura des conséquences non seulement sur les tarifs des produits pétroliers, mais aussi sur les prix des importations en général et sur le taux d’inflation", a-t-il précisé.
Il a indiqué, en revanche, que la crise énergétique mondiale pourrait, paradoxalement, offrir certaines opportunités à l’économie tunisienne sur des aspects spécifiques.
"Le gazoduc algérien rapporte 1 500 millions de dinars à la Tunisie, et ce chiffre pourrait évoluer considérablement si l’accord entre Rome et Alger sur l’augmentation du volume de gaz acheminé vers l’Italie se concrétise (...). La hausse des prix du pétrole augmentera les redevances versées par les compagnies pétrolières à l’État tunisien. La crise actuelle va également entraîner une hausse des prix des engrais et des phosphates, ce qui est bénéfique pour la Tunisie", a-t-il estimé.
Habib Zitouna a également indiqué que la Banque centrale de Tunisie, qui adopte une politique monétaire "prudente", se trouve dans une situation délicate.
"La BCT ne peut ni augmenter le taux d’intérêt, afin de ne pas freiner l’activité économique, ni le réduire, compte tenu de la crise actuelle et du besoin de financer le budget de l’État, à l’ordre de 11 milliards de dinars, essentiellement destinés au remboursement de la dette extérieure", a-t-il encore déclaré.
Les majorations salariales dépendent du taux de croissance
Dans un autre contexte, Habib Zitouna a indiqué que l’État a prévu, dans la loi de finances, une majoration salariale dans le secteur public, ajoutant que la responsabilité de cette situation incombe au gouvernement, puisque ces augmentations ont été décidées de manière unilatérale, sans négociations préalables avec les partenaires sociaux.
Il a ajouté que le taux de croissance et l’évolution de la crise énergétique resteront des facteurs déterminants dans l’orientation des politiques à venir.
"Il s’agit d’évaluer si la crise va s’aggraver ou s’atténuer et, sur cette base, de fixer les taux d’augmentation ainsi que les orientations économiques", a-t-il conclu.