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France: La 2ème génération d’immigrés plus exposée aux discriminations

Publié aux Éditions de l’Ined, cet ouvrage s’appuie sur les résultats de l’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), deuxième volet d’un dispositif statistique majeur lancé en 2008-2009 par l’Ined et l’Insee. Cette enquête répond à la fois aux besoins des institutions publiques, aux exigences du règlement statistique européen et aux attentes de la recherche.

Le renouvellement de TeO permet de produire des données détaillées sur la diversité des origines en France et les discriminations. En combinant approches objectives et expériences déclarées, l’enquête offre un éclairage original sur les trajectoires administratives, sociales et professionnelles des personnes immigrées, de leurs descendants et plus largement des populations vivant en France métropolitaine. 

Le questionnaire intègre de nouveaux volets consacrés à la santé, aux pratiques culturelles, à la religion, ainsi qu’aux opinions sur l’immigration, la diversité et l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour la première fois à cette échelle, l’enquête s’intéresse également à la troisième génération issue de l’immigration (les petits-enfants d’immigrés), grâce à des questions sur l’origine des grands-parents et à une enquête complémentaire ciblant les descendants d’immigrés d’origine non européenne.

Une société française marquée par la diversité des origines

L’enquête met en évidence l’empreinte durable de l’immigration sur la structure de la population. Parmi les 18-59 ans en France métropolitaine, 13 % sont immigrés, 11 % sont des descendants d’immigrés de deuxième génération, et 10 % appartiennent à la troisième génération (au moins un grand-parent immigré). Au total, près d’un tiers de la population est ainsi directement liée à l’immigration sur trois générations.

Ces différentes strates s’inscrivent dans un tissu social de plus en plus mixte, notamment à travers les unions. 39 % des immigrés sont en couple avec une personne d’une autre origine, dont 29 % avec une personne sans ascendance migratoire. Cette proportion atteint 59 % chez les descendants d’immigrés, dont 45 % avec une personne sans ascendance migratoire.

La mixité est encore plus marquée chez les personnes issues de couples mixtes : 90 % d’entre elles ont un conjoint d’une autre origine, dont 74 % sans ascendance migratoire. À l’inverse, 12 % des personnes sans ascendance migratoire sont en couple avec une personne immigrée ou descendante d’immigré.

Ces dynamiques traduisent une extension progressive des liens avec l’immigration : 41 % des 18-59 ans en France métropolitaine ont aujourd’hui un lien direct à l’immigration, par leurs origines ou par alliance.


Inégalités persistantes et discriminations 
L’ouvrage met en lumière la persistance d’inégalités entre les populations immigrées, leurs descendants et le reste de la population dans plusieurs domaines essentiels de la vie sociale. Il souligne également une hausse des expériences de discrimination par rapport aux précédentes enquêtes, notamment liées au sexe, ainsi qu’une forte exposition des minorités racisées, dont l’origine et la couleur de peau demeurent des facteurs de stigmatisation et de désavantages sociaux.

Les immigrés et leurs descendants originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne apparaissent particulièrement touchés par ces inégalités, notamment en matière de réussite scolaire et d’accès à l’emploi, au logement et aux soins. Ces difficultés coexistent toutefois avec des indicateurs élevés d’intégration : 71 % des immigrés, 94 % des descendants de deux parents immigrés et 98 % des descendants de couples mixtes déclarent se sentir français, contre 97 % des personnes sans ascendance migratoire.

Ce sentiment d’appartenance nationale s’accompagne souvent d’un lien avec le pays d’origine des parents chez la seconde génération : 75 % des descendants de deux parents immigrés déclarent partager ce sentiment d’appartenance, tout comme 46 % des personnes issues de couples mixtes.

L’usage du français durant l’enfance est également largement répandu dans les familles immigrées : 86 % des descendants de deux parents immigrés l’ont utilisé avec leurs parents, dont 68 % en combinaison avec la langue d’origine.

L’étude met ainsi en évidence un paradoxe : une forte intégration culturelle et nationale coexiste avec une exposition accrue aux discriminations liées aux origines ou à la couleur de peau. Ces constats concernent également les Français originaires d’outre-mer et leurs descendants nés en métropole.

Au-delà de ces inégalités, les auteurs soulignent aussi des dynamiques de mobilité sociale et des formes diversifiées d’intégration, en montrant que les trajectoires individuelles résultent de l’interaction entre conditions sociales, parcours migratoires, politiques publiques et expériences vécues.