Nabeul : Des prix records et une crise du logement qui s’aggrave
Le gouvernorat de Nabeul continue de dominer le classement des régions les plus chères du marché immobilier tunisien, que ce soit pour la vente ou la location, enregistrant des chiffres records qui font du logement dans la « capitale du Cap Bon » un rêve difficilement accessible pour les citoyens à revenu moyen.
Des chiffres marquants et des hausses annuelles
Les dernières données d’une plateforme spécialisée dans le marketing immobilier révèlent une évolution notable des prix dans la ville de Nabeul. Le loyer d’un appartement de type S+1 dans la zone « El Mrazga » (AFH) a frôlé les 1000 dinars par mois durant les neuf premiers mois de 2025, soit une hausse annuelle comprise entre 5 et 9 %.
Du côté de l’acquisition, les prix des terrains constructibles au centre-ville ont connu une forte augmentation, le prix du mètre carré variant entre 1000 et 3000 dinars, un indicateur qui reflète l’attractivité de la région pour l’investissement immobilier, face à la baisse du pouvoir d’achat des citoyens.
Entre l’offre et la demande
Des acteurs de la vie publique et des citoyens attribuent cette hausse à la position stratégique du gouvernorat, ouvert sur le littoral, ainsi qu’à son statut de destination touristique attirant des investisseurs tunisiens et étrangers.
De son côté, Fayez Riahi, membre du conseil local, a expliqué que la crise ne s’explique pas uniquement par l’attractivité touristique, mais aussi par la réduction du stock foncier disponible à l’extension. Il a dévoilé des chiffres « choquants », indiquant que le prix du mètre carré pour les espaces commerciaux dans la zone AFH atteint environ 10 500 dinars, contre 4 500 dinars pour le résidentiel.
Dans la répartition des responsabilités, Riahi a pointé du doigt la municipalité de Nabeul, estimant que l’absence de mise à jour du plan d’aménagement urbain en adéquation avec la demande croissante a aggravé la hausse des prix.
Il a également critiqué l’Agence foncière d’habitation pour ne pas avoir fourni un stock foncier suffisant répondant aux besoins des habitants de la région, soulignant que le marché tend désormais à favoriser les plus solvables, excluant ainsi une partie des résidents locaux.
Une crise du logement
De son côté, Amer Stambouli, acteur de la société civile, a estimé que la région traverse une crise du logement qui affecte la stabilité des familles, dans un contexte où les loyers atteignent des niveaux dépassant les capacités des ménages à revenu moyen et des jeunes souhaitant se marier.
Il a ajouté que parmi les causes figurent la croissance démographique face à la lenteur de la mise à jour des documents d’aménagement urbain, la raréfaction des terrains constructibles, ainsi que le développement du caractère touristique de la ville, certains propriétaires préférant louer leurs biens durant la saison estivale à des prix élevés plutôt que de les louer à l’année.
Entre l’offre et la demande
Certains agents immobiliers estiment que l’absence d’un stock foncier suffisant contribue au déséquilibre entre l’offre et la demande, ce qui entraîne une hausse des prix et limite l’accès au logement.
Réactions officielles
De son côté, Mosaïque FM a tenté d’obtenir des éclaircissements auprès du représentant de l’Agence foncière d’habitation à Nabeul, sans réponse détaillée. Une source au ministère des Domaines de l’État a toutefois indiqué que l’agence n’est pas responsable de l’érosion du stock foncier, précisant qu’elle a été créée pour contribuer à résoudre la crise du logement.
Au niveau régional, une réunion s’est tenue lundi au siège du gouvernorat de Nabeul, rassemblant les responsables municipaux. La gouverneure a appelé à accélérer la mise à jour des plans d’aménagement urbain, tout en passant en revue l’état d’avancement de ce dossier.