L'immédiat et le long terme pour sauver les caisses sociales...
La situation des trois caisses sociales, dont la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), reste bloquée avec des problèmes persistants depuis des années, pour plusieurs raisons.
Cette question a récemment été abordée, lors d’une rencontre entre le président de la République, Kais Saïed, et le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar.
Saïed a insisté sur la nécessité de remédier à cette situation dans les plus brefs délais et de trouver des solutions urgentes permettant d’assurer la couverture santé pour tous les assurés sociaux, quel que soit leur régime d’affiliation à la CNAM.
Il a, également, appelé à élaborer une nouvelle vision pour l’ensemble des caisses sociales, rompant avec les choix précédents qui ont fragilisé leurs équilibres financiers et affecté la qualité des services dispensés aux citoyens.
Une crise qui remonte à 1993...
Hedi Dahman, spécialiste de la protection sociale, a déclaré, ce mercredi 14 janvier 2026, que la détérioration des équilibres financiers des caisses sociales est ancienne, structurelle et fondamentale. Selon lui, elle remonte à 1993, date à laquelle a commencé la dégradation des finances sociales. "Cette situation ne découle d'une mauvaise gestion des caisses, mais de facteurs structurels liés aux systèmes de sécurité sociale, au marché du travail, aux changements démographiques et à l’économie informelle qui emploie un grand nombre de personnes non affiliées à la protection sociale", a relevé l'expert.
Dahman a souligné l’importance de s’accorder d’abord sur un diagnostic commun et de publier les données et les statistiques, afin d’éviter divergences et interprétations différentes. Il estime que les mesures d’urgence doivent d'abord inclure l’augmentation de l’âge de départ à la retraite et des taux de cotisation pour stabiliser le système, ou la mise en place d’un plan stratégique sur 30 à 35 ans.
Selon lui, la réforme ne peut se faire en un ou quatre ans, mais doit s’étendre sur une génération professionnelle pour permettre des changements profonds prenant en compte les évolutions démographiques, économiques, financières ainsi que la gouvernance et l’organisation interne des caisses, datant des années 1950-1960.
Mesures prévues dans la loi de finances 2026
Hedi Dahman a, également, évoqué les dispositions prévues dans la loi de finances 2026, qui prévoient la perception de six taxes pour améliorer l’équilibre financier des caisses sociales, notamment après la fin de l’accord entre la CNAM et les pharmaciens privés, qui avait des conséquences sur les assurés et provoqué des problèmes d’approvisionnement en médicaments. Le manque de dialogue entre les acteurs concernés a contribué à l’inquiétude des Tunisiens sur l’avenir des services sociaux et du secteur public dans le domaine de la sécurité sociale.
Il a précisé que l’évaluation scientifique et objective de l’instauration de ces taxes sur les revenus reste difficile à ce stade, en l’absence de clarifications de l’État sur les modalités de financement, la répartition entre caisses et les prévisions financières attendues, ainsi que sur l’efficacité de cette mesure pour stabiliser les finances à court terme, surtout après les réformes de 2019 qui n’ont produit leurs effets que pendant 24 mois.
Transparence et dialogue, indispensables
Enfin, Dahman a insisté sur le problème fondamental de liquidités des caisses sociales, malgré l’existence de bilans comptables présentant parfois des excédents théoriques. En pratique, les difficultés de recouvrement (notamment à la CNAM, qui doit coordonner avec la Caisse nationale de sécurité sociale et la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale) empêchent les recettes d’être à la hauteur des obligations financières.
Il a conclu en avançant que le nouveau plan doit inclure une révision complète des méthodes de recouvrement, de contrôle et de gestion, la numérisation des services, l’usage de la carte électronique et l’élimination des abus, dans le cadre de la transparence et de la bonne gouvernance. D'après lui, la réforme doit reposer sur un programme concret et un dialogue social impliquant tous les acteurs de la sécurité sociale, publics et privés, dans les domaines des retraites et de l’assurance maladie.