Ceuta: Rabat dit avoir donné l'alerte... Madrid dément
Le Maroc affirme avoir prévenu l’Espagne, avant la récente crise migratoire à Ceuta, des risques liés à une décision de justice espagnole qui aurait facilité l’arrivée de migrants dans l’enclave. Une version rapidement démentie par Madrid, relançant la polémique autour de la coopération migratoire entre les deux pays.
Ces derniers jours, près de 50 000 personnes, majoritairement des Marocains, auraient rejoint ou tenté de rejoindre Ceuta, avant que la plupart ne soient renvoyées au Maroc. Cet afflux inédit a mis à l’épreuve la coopération entre Rabat et Madrid, jusque-là considérée comme étroite sur les questions migratoires.
Selon un haut responsable marocain, cité anonymement par plusieurs médias lundi soir, les autorités marocaines auraient alerté leurs homologues espagnoles sur les conséquences possibles d’un arrêt récent de la Cour suprême espagnole, estimant que cette décision risquait de compliquer les opérations de renvoi immédiat des migrants arrivés par voie maritime.
« On a expliqué que ce jugement allait nous créer un problème. Et il a créé un problème », a déclaré ce responsable, rejetant toute défaillance du dispositif sécuritaire marocain.
Une décision judiciaire au cœur de la controverse
De son côté, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, avait attribué la crise de Ceuta à une rumeur diffusée par « les mafias de trafiquants d’êtres humains », qui auraient exploité une interprétation erronée de la décision judiciaire.
Le responsable marocain a assuré que les échanges avec Madrid avaient commencé fin juillet, lorsque les réseaux de passeurs ont commencé à évoquer cette décision, affirmant qu’il ne s’agissait pas d’un manque de contrôle des autorités marocaines. Il a, également, estimé que les forces de l’ordre ne pouvaient pas faire face uniquement par la force à un mouvement impliquant un nombre aussi important de personnes.
Il a rappelé que la gestion de la migration irrégulière ne relevait pas de la seule responsabilité du Maroc, soulignant que le royaume consacrerait environ 500 millions d’euros par an à cette question.
Malgré cette controverse, Rabat assure que les deux pays continuent d’agir « en partenaires fiables » et de maintenir une coordination étroite sur les dossiers migratoires. Le responsable marocain estime toutefois qu’il revient désormais à l’Espagne de trouver des réponses aux défis posés par cette décision de justice.
Avec AFP