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Fiasco eFootball : Konami présente ses excuses

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Un jeu vidéo "grotesque" aux graphismes "horribles": le carton rouge infligé par les joueurs à la simulation sportive eFootball 2022, sortie jeudi dernier, a été retentissant, illustrant aussi une pression croissante pour les éditeurs de précipiter les lancements commerciaux.

Le dernier opus de la série autrefois baptisée Pro Evolution Soccer n'affichait que 10% de critiques positives mardi sur la plateforme de jeu Steam.

Son éditeur japonais, Konami, avait décidé d'adopter un modèle gratuit ("free to play") pour prendre le contre-pied de son concurrent Fifa, leader incontesté sur le créneau.

Konami a présenté ses excuses aux joueurs, promettant de prendre en compte leurs critiques pour les prochaines mises à jour.

Ce lancement catastrophique a immédiatement rappelé celui du jeu Cyberpunk 2077 de l'éditeur polonais CD Projekt, tellement perclu de bugs à sa sortie en décembre 2020 qu'il avait été retiré du PlayStation Store une semaine plus tard.

Il n'y été revenu qu'au bout de six mois avec un avertissement sur ses "problèmes de performances" techniques.

Cette tendance à précipiter sur le marché des produits mal ficelés est de plus en plus courante alors que "les jeux deviennent de plus en plus sophistiqués", souligne Mia Consalvo, chercheuse en "game studies" à l'université Concordia à Montréal (Canada).

"L'émergence de bugs est donc plus probable et certains peuvent être difficiles" à identifier et à corriger avant la sortie, explique-t-elle à l'AFP.

- "Cynisme" et jeux "cassés" -

La pression est également financière, ajoute Mme Consalvo, les jeux devant "rapidement générer des revenus".

C'est d'autant plus crucial dans le cas d'eFootball, dont le modèle économique repose sur les achats de contenus optionnels.

"Un jeu à la sortie repoussée sera bon au final, mais un jeu hâté sera toujours mauvais", aurait déclaré Shigeru Miyamoto, célébrissime employé de Nintendo, après la sortie en 1998 de "Zelda: Ocarina of Time", considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de l'histoire vidéoludique.

La technologie a fait vieillir l'adage. "Depuis l'apparition de disques durs sur les consoles, il est devenu possible de +réparer un jeu+" a posteriori via des téléchargements, rappelle Daniel Andreyev, auteur et journaliste spécialiste des jeux vidéo.

Cette évolution a engendré un certain "cynisme", et les éditeurs sortent des jeux "un peu cassés", dit Yohan Bensemhoun, testeur sur le site francophone spécialisé JV.

"Parfois, ils rognent sur certains aspects en espérant que personne ne remarquera les imperfections", estime Michael Pachter, analyste du cabinet Wedbush. "Tous les jeux sont probablement sortis dans l'urgence, mais seuls une poignée ont assez de défauts pour déclencher une polémique".

C'était le cas pour Cyberpunk 2077 et eFootball, "sortis dans un état irréparable", tacle Serkan Toto, analyste chez Kantan Games à Tokyo. "Les équipes commerciales ont ignoré les équipes de production, qui savent évidemment si leur titre n'est pas prêt à être lancé".

- "Contrôle des dégâts" -

Un pari risqué car "même si cela n'affecte pas les pré-commandes, cela peut endommager la réputation à long terme d'une entreprise, pour les jeux futurs", prévient Mme Consalvo, notant qu'avec les réseaux sociaux les critiques des joueurs se font bien plus entendre qu'auparavant.

"On ne peut lancer un jeu qu'une fois, et il faut à tout prix réussir", renchérit M. Toto. "Sinon, tout n'est que contrôle des dégâts, ce qui coûte cher en nerfs, en argent et en ressources" humaines.

La simulation de catch WWE 2K20, sortie en 2019, en a fait les frais.

Figurant à cause de ses nombreux bugs dans le peu enviable Top 100 des pires jeux disponibles sur Steam selon le site Steam250 (eFootball y est numéro 1), il a dissuadé son éditeur de sortir une nouvelle mouture l'année suivante.

Un lancement raté n'est cependant pas toujours condamné à l'échec. Le jeu de survie et d'exploration spatiale "No Man's Sky", voué aux gémonies à sa sortie à cause de ses nombreux bugs, est souvent cité en exemple.

Il manquait à son lancement d'un mode multijoueur et d'autres fonctionnalités promises par les développeurs, qui ont exaspéré encore davantage avec leur communication jugée insuffisante.

Cinq ans et de nombreux patchs plus tard, "No Man's Sky" a réussi à renverser la vapeur, dépassant les attentes initiales des joueurs de par le vaste contenu désormais offert. Il dispose aujourd'hui d'une importante communauté de joueurs et de critiques majoritairement positives.

(AFP)

 

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